CANCER : UNE NOUVELLE ARME POUR LA MÉDECINE

  Les protons flingueurs de tumeur  Bientôt sur les bords du Léman?  Carte d'identité du PSI
 

                        Les protons flingueurs de tumeur

                        Les faisceaux de particules sont une alternative prometteuse à la
                        radiothérapie. Quelque 27000 patients ont déjà bénéficié de cette nouvelle
                        méthode dans le monde. Mais cíest en Suisse quía été développée la
                        technique la plus évoluée.

                        JEAN-JACQUES DAETWYLER

                        LíInstitut Paul Scherrer (PSI) a son "pavillon des cancéreux". Mais ce níest pas un mouroir cíest un lieu
                        díespoir. Il abrite une installation unique au monde, Gantry, qui síattaque aux tumeurs en dirigeant sur elles
                        une arme peu commune: un faisceau de projectiles infinitésimaux des protons. "Ces particules déposent la
                        plus grande partie de leur énergie en bout de trajectoire, explique le chef de projet, Martin Jermann. Elles
                        ménagent ainsi les tissus sains quíelles doivent traverser avant díaboutir dans la tumeur et exercent sur
                        celle-ci un effet destructeur beaucoup plus sélectif que les rayons gamma utilisés en radiothérapie classique."

                        Depuis líentrée en service de Gantry, en 1996, 72 patients ont été traités dans cette installation. Pour cette phase
                        díimplémentation, la majorité des cas traités étaient des tumeurs inaccessibles à la chirurgie, situées dans le cerveau, le
                        bassin ou le cou. Plus des deux tiers des patients avaient moins de 40ans, 10% moins de 20ans. Il est encore trop tôt pour
                        tirer un bilan définitif sur le taux de guérison. Les premiers résultats sont toutefois prometteurs: dans 95% des cas,
                        la croissance de la tumeur a pu être stoppée.

                        Du laboratoire à líhôpital

                        Cíest pourquoi le PSI entend tirer parti de son avance technologique dans ce domaine de pointe pour aller de líavant. Il
                        a lancé le projet Proscan, qui devrait permettre, díici à trois ans, de multiplier par quatre le nombre de patients traités,
                        díétendre cette méthode à díautres types de tumeurs, et de poursuivre le développement de la technologie pour la
                        rendre utilisable en milieu hospitalier.

                        Proscan suscite un très grand intérêt dans les milieux industriels et médicaux. "En ce moment, nous sommes
                        impliqués dans une douzaine de projets de protonthérapie en Europe, aux Etats-Unis et en Asie", relève
                        Jermann. Aussi ce dernier compte-t-il trouver hors du PSI une partie substantielle des 23millions de francs
                        nécessaires à la réalisation du projet.

                        Actuellement, Gantry est tributaire de líaccélérateur de particules du PSI. Une toute petite partie des protons
                        éjectés de cette machine, qui sert les besoins de nombreux projets de recherche, est déviée vers le pavillon
                        médical. Mais les arrêts prolongés de líaccélérateur pour les travaux de maintenance mettent Gantry pendant
                        de longues périodes au chômage technique, au détriment des patients, et font un véritable casse-tête de la
                        planification des traitements.

                        Dédié à la médecine

                        La première étape de Proscan sera donc díassurer líindépendance de Gantry, en líalimentant en protons au
                        moyen díun accélérateur compact, dédié aux programmes médicaux du PSI. Cet accélérateur desservira aussi
                        OPTIS, une autre installation de protonthérapie, en service au PSI depuis 1984 pour le traitement des
                        tumeurs de líúil une collaboration avec líHôpital ophtalmologique de Lausanne. Déjà plus de 3200 patients
                        ont bénéficié de ce traitement. Le taux de guérison locale dans líúil traité dépasse 95%.

                        La réussite díOPTIS a motivé le PSI à élargir ses activités dans le domaine des applications médicales des
                        faisceaux de particules. La technique díirradiation par points (voir infographie), développée par Eros Pedroni
                        au PSI et expérimentée avec Gantry, permet de construire des installations plus conviviales et plus compactes
                        que celles utilisées actuellement dans díautres pays, notamment aux Etats-Unis, où la protonthérapie a díores
                        et déjà fait son entrée à líhôpital (voir encadré).

                        La protonthérapie a le vent en poupe les projets foisonnent, et le PSI a mis au point la technique la plus
                        évoluée en la matière. Líenjeu du projet Proscan est de conserver cette avance technologique, qui, au-delà
                        des perspectives industrielles et commerciales, améliore les chances de guérison dans le traitement de certains
                        types de cancer.